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A deux semaines du premier tour des élections régionales, la rédaction de Education Magazine a contacté les têtes de liste franciliennes des principaux partis politiques. Nous avons posé les mêmes questions aux différents candidats. Jean-Paul Huchon, président sortant du Conseil régional d'Ile-de-France, est le premier à nous avoir fait part de son programme en matière d'éducation.
Si vous êtes élu, quelle politique mènerez-vous en matière d’éducation ?
La première compétence de la Région en matière d’éducation est la rénovation, la construction, l’équipement des lycées. La Région Ile-de-France est ainsi en charge du parc immobilier le plus vaste de France : près de 500 lycées qu’il importe de faire fonctionner, d’équiper et de développer. Notre devoir est de non seulement conserver intact le patrimoine considérable que nous a transféré l’Etat, mais il est également de continuellement le moderniser et surtout de l’adapter aux usages pédagogiques nouveaux. Près de 260 rénovations et 13 lycées neufs ont d’ores et déjà été lancés.
Nous poursuivrons notre effort en la matière avec, notamment, la construction de deux lycées neufs et de deux internats par an en haute qualité environnementale. Cette politique en faveur des internats permettra, notamment sur Paris, de renforcer la mixité de l’accueil des élèves.
En matière d’équipements, les élèves de l’Ile-de-France méritent ce que l’on fait de mieux. Ils méritent notamment des équipements informatiques de pointe. C’est la raison pour laquelle, j’ai voulu que le Schéma régional de la formation tout au long de la vie s’appuie sur un nouveau trépied de l’insertion : la qualification, la pratique des langues que nous renforcerons en développant le soutien aux séjours linguistiques et la maitrise des technologies de l’information et de la communication. Avec 140 000 ordinateurs installés en Ile-de-France, c'est-à-dire un ordinateur pour trois lycéens, les nouvelles technologies profitent à tous. Avec 900 tableaux numériques, les possibilités d’interactivité d’Internet sont exploitées au mieux dans les classes. Avec 600 000 clés USB distribuées, les lycéens peuvent embarquer toute leur vie numérique. Avec le développement du logiciel libre, le lien entre le collège et le lycée est renforcé. Avec l’Espace Numérique de Travail (ENT) des lycées franciliens, dénommé « Lilie », dernière innovation en date du Conseil régional, nous agissons pour simplifier la communication entre tous les membres de la communauté éducative. D’ici trois ans, il sera déployé dans les 471 lycées d’Ile-de-France. Ce portail de services accessibles par Internet va servir à tout ce qui fait la vie quotidienne des établissements. Non seulement Lilie va permettre de profondément améliorer la relation de chaque lycéen avec son établissement et ses professeurs mais elle va également permettre aux parents de mieux suivre le travail et les résultats de leur enfant. Grâce à Lilie, c’est finalement la vie même du lycée qui va pouvoir s’étendre sur le réseau et instaurer une nouvelle continuité pédagogique car l’ENT sera disponible partout et par tous. Plus d’un million d’utilisateurs sont concernés.
Par ailleurs, si les lycées disposent déjà de l’accès au haut débit, nous déploierons un plan d’équipement numérique qui permettra la mise en place du très haut débit dans tous les établissements franciliens.
Enfin, nous amplifierons nos politiques pour résorber les inégalités sociales. Après la mise en place de la gratuité des livres scolaires, la création de la carte Imagin’R, les aides à l’équipement, la prise en charge d’une partie des frais de concours des élèves en classes préparatoires aux grandes écoles, je souhaite renforcer notre aide à la demi-pension avec une tarification directe des repas en fonction du quotient familial et un bouclier tarifaire renforcé par exemple sous la forme d’un repas au tarif maximum de 2€.
Quelles solutions préconisez-vous pour éradiquer la violence à l’école ?
Quels que soient les outils et les moyens, rien n’est vraiment efficace sans véritable politique de prévention et sans les moyens humains adaptés. La présence d’adultes formés, ayant un rôle éducatif, reste pour moi le meilleur rempart contre la violence à l’école. Compte tenu du rôle éducatif et pédagogique que ces adultes doivent jouer, il ne saurait être envisageable pour la Région de se substituer à l’Etat dans le recrutement, la formation et l’affectation de ces personnels.
Depuis 1999, la Région consacre 5 millions d’euros par an à la sécurité des lycées, en dotant les établissements des équipements indispensables : sécurisation des accès (aménagement des parvis, rehaussement des clôtures, création de sas, pose de grillages, mise en place de portails de sécurité), installation d’alarmes, notamment anti-intrusion, de caméras de vidéosurveillance … Ces travaux ont concerné la quasi-totalité des 471 lycées franciliens.
Cependant, si les caméras peuvent se révéler utiles pour aider au contrôle des accès dans des établissements particulièrement étendus ou possédant plusieurs points d’entrée, ces systèmes de vidéoprotection dans les lycées n’ont de sens et d’effet que dans le cadre d’un projet plus global, parfaitement établi, connu et partagé par l’ensemble de la communauté scolaire. C’est pourquoi, j’ai souhaité que toute demande d’installation de caméras fasse l’objet d’un cahier des charges précis, assorti d’un diagnostic préalable de la situation et fixant les objectifs et limites de l’utilisation de la vidéosurveillance. Ce cahier des charges doit être présenté, discuté et validé par le conseil d’administration de l’établissement. Ce n’est qu’à cette condition que la Région donne son accord à la mise en place de vidéoprotection.
Enfin, en ce qui concerne les systèmes de contrôle biométrique, j’ai signifié aux établissements mon opposition totale à leur mise en place et refusé tout financement de ceux-ci.
Qu’est-ce que la Région peut faire pour enrayer l’échec scolaire ?
Offrir le meilleur environnement éducatif possible est essentiel. Veiller et soutenir la réussite de tous l’est tout autant. C’est la raison pour laquelle la Région soutient depuis 2004 des projets de lutte contre le décrochage scolaire et de rescolarisation engagés chaque année pour près de 4 000 élèves. J’ai voulu ainsi que dans le cadre de la mise en place du schéma des formations tout au long de la vie soient prises des initiatives pour favoriser la réussite de tous les élèves: la mise en place du programme « Réussite pour tous », les actions contre le décrochage scolaire, la création d’un second micro lycée dans l’Académie de Créteil ou encore le soutien aux actions de tutorat par des étudiants ou élèves des grandes écoles. Nous soutenons ainsi les 28 établissements engagés dans des conventions « éducations prioritaires » avec l’IEP de Paris ou encore les associations « Talens », « Réussir aujourd’hui », « Paris Montagne » et quatre grandes écoles membres de Paris Tech qui mettent en place des actions de soutien et de tutorat dans de nombreux lycées d’Ile de France.
Je crois qu’il est indispensable de tenir les deux bouts de la chaine : permettre à ceux qui ont des facilités d’avancer et donner toutes les chances à ceux qui sont en difficulté. Je souhaite cependant aller plus loin et diminuer de moitié le nombre de jeunes entrant sans qualification sur le marché du travail, en luttant contre toutes les formes de décrochage. Nous souhaitons réaffirmer le rôle de l'Education nationale, «Ecole de la première chance», auprès des jeunes en voie de décrochage. Pour cela, nous développerons le dispositif « Réussite pour tous » et appuierons les démarches de microlycées innovants.
De même, premier financeur des écoles de la deuxième chance, la Région mènera à son terme le doublement des places offertes par ces structures pour atteindre 2 500 places en Ile-de-France et confortera le dispositif « AVENIR Jeunes » qui offre 20 000 places de formation pour les jeunes en insertion professionnelle. Nous poursuivrons par ailleurs les dispositifs d'accès à l'apprentissage et encouragerons le développement d'un accès aux contrats de professionnalisation pour les jeunes et adultes sortant sans qualification de l'université. Nous soutiendrons ainsi les initiatives d'accompagnement et de formation des décrocheurs de l'université, avec des passerelles vers l'alternance, d'autres filières de formation ou la création d'activité. Enfin, nous développerons l'accès à l'université pour les jeunes et adultes n'ayant pas le bac, notamment via le Dispositif d'Accès aux Etudes Universitaires (DAEU).
Quelles aides proposerez-vous aux lycéens, notamment en matière d’orientation et de soutien scolaire ?
Je souhaite mettre en place un véritable service public de l’orientation, c’est-à-dire mettre en place une offre de qualité, accessible et donnant des informations actualisées sur les métiers et les formations. Dans le cadre du Schéma des formations, l'objectif est d'identifier et de développer les outils partenariaux d'animation de ce service public (professionnalisation croisée des acteurs, modalités de coopération territoriale, partage des informations sur les filières de formation et les métiers...) et de mise à disposition des informations au public (lien site métiers.net / offre ONISEP…). Nous renforcerons également les coopérations entre les acteurs de l'Accueil Information Orientation (AIO) pour faire face aux étapes les plus sensibles des parcours (passage du secondaire au supérieur, sortie du système éducatif, évolution professionnelle).
Je souhaite également encourager la mise en place d'un fonctionnement en réseau pour la prévention du décrochage scolaire et universitaire. Nous appuierons ainsi l'organisation de séances d'information des futurs bacheliers technologiques ou professionnels sur l'orientation dans l'enseignement supérieur, notamment sur les filières universitaires et les risques de décrochage. La Région encouragera les logiques de plateformes d'orientation et de construction du projet professionnel reliant missions générales d'insertion, missions locales, porteurs des dispositifs d'insertion professionnelle. Un appui particulier sera enfin apporté aux Pôles de recherche et d'enseignement supérieur (PRES) pour le développement coordonné de bureaux d'orientation et d'insertion professionnelles dans les universités.
Pour en savoir plus : Huchon 2010 |