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La rédaction de Education Magazine a contacté les têtes de liste franciliennes, aux élections régionales, des principaux partis politiques. Nous avons posé les mêmes questions aux différents candidats. Pierre Laurent, tête de liste du Front de gauche, nous dévoile ses mesures éducatives.
Si vous êtes élu, quelle politique mènerez-vous en matière d’éducation ?
Les élus communistes, et tous ceux de la liste Front de gauche, s’opposeront à ce que la Région joue le jeu du démantèlement de l’école de la République : nous refuserons toute nouvelle décentralisation sans moyens associés qui aggraverait les inégalités entre établissements. Nous nous mobiliserons également pour que le gouvernement revienne sur les postes supprimés et s'engage à créer 150000 postes d'enseignants fonctionnaires d’État supplémentaires.
Nous ferons de la Région une tribune pour proposer une réforme nationale pour la démocratisation scolaire et nous ferons qu'elle contribue à celle-ci en agissant dans cinq directions : améliorer les conditions d’études ; lutter contre les inégalités ; assurer les mêmes apprentissages scolaires ambitieux à tous ; renforcer les moyens financiers consacrés à l'Éducation nationale ; développer la formation professionnelle continue et pour les demandeurs d’emploi.
Nous voulons faire de l'égalité devant le droit à l'éducation, un moteur pour le développement de la Région.
Quelles solutions préconisez-vous pour éradiquer la violence à l’école ?
Aucun portique et aucune mesure répressive ne remplaceront la présence d'adultes en nombre suffisant auprès des élèves. Tant que les inégalités progresseront, tant que ce mépris pour l'éducation des jeunes se poursuivra, nul doute que la violence continuera.
Face aux situations d’urgence, des sanctions doivent bien sûr marquer le caractère inacceptable de certains comportements. Mais les seules sanctions ne règlent rien et ne préviennent pas ces actes.
Les propositions ambitieuses que nous portons montrent quant à elles à la fois une volonté de réforme et un message nouveau en direction de la jeunesse de ce pays pour lui donner confiance en elle-même et dans l'avenir.
Qu’est-ce que la Région peut faire pour enrayer l’échec scolaire ?
La première des mesures pour enrayer l’échec scolaire, contrairement à ce que fait le gouvernement, c’est de le prévenir en assurant les meilleures conditions d’enseignement. L’échec ne vient pas de l’élève, nul n’y est prédestiné, tous les élèves sont capables d’apprendre, mais pas dans les conditions d’enseignement d’aujourd’hui. Les principales victimes de l’échec scolaire sont les enfants de familles populaires. Or, ceux-ci ne sont pas une catégorie « à part », ils représentent la majorité des élèves. Il faut donc améliorer l’école pour qu’elle enseigne à l’enfant qui n’a presque aucun pré-requis, et qui n’acquerra, comme dispositions scolaires, que ce que l’école lui transmet.
Il faut enseigner le même programme à tous les élèves, quelle que soit leur origine sociale et leur lieu d’habitation, et non pas sélectionner ceux qui apprendront le socle minimal et ceux qui auront droit à davantage comme le propose le gouvernement avec la réforme du lycée. Qu’est-ce qui doit être maîtrisé par chaque futur adulte, citoyen et travailleur ? C’est cela qu’il faut enseigner à tous, pas plus, pas moins.
Nous avons aujourd'hui besoin d'une re-nationalisation de l’Éducation nationale, c’est la condition pour assurer l’égalité. Pour autant la Région peut agir, par exemple en mettant en place un observatoire régional de lutte contre l'échec scolaire afin de se doter d’outils utiles tant à l’action de l’Éducation nationale (recrutement, formation, pratiques, etc.) qu’au Conseil régional (implantation des lycées, dispositifs partenariaux, etc.). Nous poursuivrons la gratuité des manuels scolaires, nous mettrons en place la gratuité de la carte Imagine'R et nous soutiendrons la création de 50000 logements étudiants.
Quelles aides proposerez-vous aux lycéens, notamment en matière d’orientation et de soutien scolaire ?
Nous sommes pour le maintien d’un service d’information et d’orientation scolaire assumé par l’Éducation Nationale. Nous ne souhaitons pas entériner l’idée d’une décentralisation en direction des régions et le regroupement avec les structures des collectivités territoriales. Mais si nous ne parvenions pas à nous faire entendre sur ce point, bien sûr, le maintien des services d’information et d’orientation dans le service public, fut-il régional, serait un moindre mal.
Le soutien scolaire est trop souvent utilisé par la droite comme un prétexte pour ne pas redoubler d’efforts sur les conditions données à l'École pour que celle-ci remplisse sa mission. Il faut cesser d’externaliser le traitement de la difficulté scolaire. Il est normal de rencontrer des difficultés quand on apprend, l’école doit avoir le temps, les enseignants et les moyens pédagogiques de transformer cette épreuve intellectuelle en occasion de progresser et d’apprendre.
L’action des bénévoles du soutien scolaire doit donc être soutenue. Le développement de dispositifs culturels, sportifs, les financements de sorties et de découvertes, sont également des atouts que la région doit mieux encore développer pour créer des environnements d’étude les plus favorables et complémentaires du lycée. Dans tous les cas, les projets partenariaux avec l’école ou périscolaires, doivent clairement être situés du côté des valeurs du service public et de la solidarité, donc refuser la marchandisation des savoirs et de l’emprise idéologique.
Serait-il envisageable que la région finance la création de postes surveillants dans les lycées franciliens ?
Non, la régionalisation de ces emplois signifierait que les zones pauvres auraient moins de surveillants que les zones riches. Seul l’État peut assurer l’égalité et même la créer quand il s’agit de compenser les inégalités sociales entre territoires.
Pour en savoir plus : blog de Pierre Laurent |