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Édito - Par Jean-Philippe Élie, rédacteur en chef

Quand cynisme éducatif rime avec austérité budgétaire...

En mai dernier, le ministre de l’Éducation nationale Luc Chatel a fait parvenir aux recteurs d’académie un document (consultable sur notre site Web) comprenant 13 mesures à mettre en place d’ici trois ans. Objectif ouvertement affiché par le ministère : supprimer dès l’année prochaine 16 000 nouveaux postes et augmenter le nombre d’élèves par classe.

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Lundi, 26 Avril 2010 13:23

Dans une interview qu'il nous avait accordée en décembre 2009, le ministre de l'Education nationale avait notamment affirmé : "Le défi en matière de ressources humaines est capital. Cela paraît banal, mais ce domaine est négligé depuis vingt-cinq ans". Il est temps en effet pour Luc Chatel de mettre un terme définitif à la politique RH déshumanisée qui prévaut actuellement rue de Grenelle. Nous savions l'Etat mauvais employeur et pourvoyeur d'emplois précaires, mais peu de gens auraient imaginé l'Education nationale en caricature de l'armée de Courteline. Et pourtant...

Faire, défaire, refaire ! Telle pourrait être la devise du ministère en matière de gestion humaine. Des milliers d'employés de la vie scolaire (EVS), d'auxiliaires de vie scolaire (AVS) et autres soutiers de l'Education nationale sont quotidiennement confrontés à un système ubuesque, privilégiant le recrutement à court terme pour résoudre des problèmes à long terme. Qui peut décemment affirmer qu'un système recrutant tous les cinq ans de nouveaux agents pour exécuter les mêmes tâches que leurs prédécesseurs est productif et fonctionnel ? Comment accepter la perte récurrente de temps (et donc d'argent) pour former les nouveaux venus ? Pire, comment un ministre peut-il accepter la destruction pure et simple des connaissances acquises par les AVS et autres EVS tout au long de leurs années de pratique, connaissances qui enrichissent indéniablement la communauté éducative ?

Tout cela n'a pas de sens ! D'autant qu'à cette désorganisation perpétuelle, l'Etat rajoute des drames humains. En effet, les personnes ayant fait la preuve de leurs compétences sur le terrain seront - un jour où l'autre - impitoyablement laissées sur le bord du chemin, peu importe l'implication dont elles ont fait preuve quotidiennement. Est-ce donc cela le message à faire passer à la jeunesse de notre pays ? Cette déshumanisation croissante de l'Education Nationale a récemment été exprimée dans un poème reproduit ci-dessous. Des mots simples, parlant du quotidien d'une EVS au sein d'une école primaire rurale...

Monsieur Le Président,
Merci de lire ce message,

Un p'tit bonheur sur une page,
Une douceur... pour l'Education Nationale.
Je le confie à la toile,
La grande toile du progrès,
Afin qu'il tisse les voiles...
De la solidarité,
Et qu'il rayonne aux ondes...
De l'humanité.

Je suis Professeur des Écoles
Dans un petit village de l'Eure,
Trois cents âmes y demeurent,
Et vingt-six élèves à l'école..
Une classe, dite « unique »,
Mais cinq cours, dits multiples...

Dans cette école une chance,
Un p'tit morceau de bonheur,
Qui s'écrit avec ces trois lettres :
Employée de la Vie Scolaire...

Pour l'Education Nationale,
Un p'tit bonheur, c'est pas banal,
Un léger baume sur le coeur
De cette Grande Dame
Un peu... bancale !

Notre bonheur, c'est Géraldine,
En silence elle participe
A la guérison d'la Grande Dame...
Elle est... une Valeur Ajoutée
HUMAINE rentabilité,
Et c'est du bonheur... assuré !

Dès le matin, elle s'active,
C'est sur le net qu'elle s'incline
Les courriers, les notes de service,
Toutes les infos de l'inspectrice,
Et celles de l'Académie...

Mes mots notés au brouillon,
Les compte-rendus de réunion,
Tapés, imprimés, photocopiés,
Enveloppés, adressés, timbrés,
Prêts à être distribués...

Encadrés, les derniers dessins des CP,
Affichés, sinon... à quoi bon dessiner ?
Un CM vient montrer son texte sur le musée,
Elle l'aide à le recopier, à taper sur le clavier...
Afin de ne pas gêner, le travail commencé,
Un autre enfant vient finir avec elle l'exercice,
Elle explique et décortique, redonne de l'énergie...

Rangée la bibliothèque,
Notés les livres prêtés,
Elle prépare la maquette,
La une du journal scolaire...

Ah! Notre petit journal
« Magique », ils l'ont appelé
Quel travail de fourmi,
J'y passerai......des nuits ?

Sonne la récréation, une mi-temps pour souffler,
Elle me rejoint, souriante, à la main nos deux cafés,
Quelques chaudes gorgées, entre... deux conflits à régler,
Des solutions à trouver, des mots à reformuler,
Une écorchure à soigner, une blessure à consoler...

Et puis... c'est reparti !
Sur les chemins de la connaissance,
Vaincre ainsi sans cesse l'ignorance,
Avec labeur, effort, sérieux,
S'ouvrir l'esprit, être curieux.

Ne pas oublier l'insouciance,
De tous ces êtres en enfance,
La bonne blague !... On la mettra dans le journal,
Les bons gags, et les rires, c'est vital !

Dans les pots
Les peintures sont bien préparées,
Quatre enfants sur un chevalet,
Deux à l'ordi pour recopier,
Les autres en dessin sur papier,

...Sans elle, jamais...
Ce ne serait si bien géré.

Le soir, coup de fil...
C'est Géraldine,
A sa voix, je perçois,
Une blessure qui abîme...
Ecoute, me dit-elle... c'est à pleurer !
Du « Pôle Emploi » j'ai reçu... un imprimé,
Dans quelques semaines, c'est marqué,
Votre contrat est terminé...
Ils me demandent ce que j'ai fait,
Pour trouver un futur emploi..

Sa voix se fêle... "J'ai..un emploi! »
Ils me demandent ce que j'ai fait,
pour me former, pour m'insérer,
Sa voix se gèle.... puis accélère: « Je... suis formée,
depuis trois ans, j'me sens utile, insérée et c'est varié,
pas bien payé, mais... j'veux rester ! »
Sa voix s'étrangle... c'est à pleurer...

Ils me demandent mes compétences
C'que j'ai acquis, que vais-je répondre ?
Il y a l'espace... d'UNE LIGNE
UNE LIGNE.... mais tu te rends compte !

J'ai honte, honte... il aurait fallu UNE PAGE
Au moins UNE PAGE pour répondre,
J'ai honte, honte... pour notre Grande Dame
Pour ceux qui l'ont créée, l'ont fait évoluer,
Qui a tant appris aux enfants,Qui a tant encore à leur
apprendre..

Et Géraldine ???
On n' lui dira même pas MERCI
Bien sûr, pas de parachute doré,
Et même pas d'indemnité
Ils lui précisent... Oh!..comme ils disent
D'étudier ses droits... pour... le R.M.I.
Elle a raison... c'est à pleurer...

Alors qu'on demande chaque jour,
A nos élèves de dire « Bonjour »
De dire « Au revoir » et.... « Merci »
De s' respecter, d'être poli
Comme vous dites, Monsieur Sarkozy...
Que vais-je dire, à la p'tite fille,
Qui l'aut're jour, près de moi, s'est assise,
Et, tout fièrement, m'a dit :
« Tu sais, Maîtresse, moi, quand j'serai grande,
J'irai au collège, comme mon grand frère,
J'irai au lycée, j'passerai mon bac,
Et je ferai... comme Géraldine! »

Je sursaute... Mon coeur se serre...C'est à pleurer.

C.Picavet
Professeur des écoles
à l'école des Livres Magiques
Saint-Grégoire du Vièvre (Eure)

Mise à jour le Lundi, 26 Avril 2010 15:00
 

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