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Édito - Par Jean-Philippe Élie, rédacteur en chef

Quand cynisme éducatif rime avec austérité budgétaire...

En mai dernier, le ministre de l’Éducation nationale Luc Chatel a fait parvenir aux recteurs d’académie un document (consultable sur notre site Web) comprenant 13 mesures à mettre en place d’ici trois ans. Objectif ouvertement affiché par le ministère : supprimer dès l’année prochaine 16 000 nouveaux postes et augmenter le nombre d’élèves par classe.

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L’éducation, ça s’apprend ? PDF Imprimer Envoyer
Mercredi, 02 Juin 2010 10:02

Des adultes dépassés par les événements, d’autres qui démissionnent… dur, dur d’être parents ! Rendu public par la MILDT (Mission Interministérielle de Lutte contre la Drogue et la Toxicomanie), le constat dérange : est-on dans une simple dérive de nos sociétés libertaires ou dans une réelle faillite des adultes ? Entre laxisme et autoritarisme, quelles sont les règles à suivre pour apprendre à placer le curseur ?

44 % des consultations pédopsychiatriques concernent des problèmes de pédagogie. Si les parents restent le maillon fondateur de l’éducation d’un jeune, leur rôle n’a jamais été aussi complexe. Car aujourd’hui, l’âge adulte n’est plus celui des évidences : précarité professionnelle, divorce, séparation… La foi en l’avenir et la confiance sont fragilisées chez de nombreux parents. Par ailleurs, on voit apparaître une crise de l’autorité : jonglant entre autoritarisme et laxisme, ils ne parviennent pas à trouver le juste milieu. Selon la sociologue Irène Théry, cela peut aller jusqu’à la séduction : « Certains parents veulent plaire à leurs enfants, montrer qu’ils comprennent leurs codes, leur langage. Et prouver ainsi qu’ils restent jeunes, dans le coup ! » Une quête de jeunisme insensée qui peut s’avérer dangereuse par la suite, car elle laisse l’enfant sans repère ni notion de limite. Comment comprendra-t-il le « non » d’un enseignant ou d’un patron, s’il n’a jamais entendu auparavant celui de ses parents ? Pour Eirick Peirat, professeur en sciences de l’éducation, l’autorité est indissociable de la notion d’éducation. « Pas d’autorisation sans interdiction », rappelle-t-il !

A quoi est due cette crise éducative ? Principal facteur d’explication : une raréfaction des échanges entre parents et enfants. Internet et le téléphone mobile seraient les premiers coupables. Ces outils – soi-disant « de communication » -– laissent place à des échanges pulsionnels et instantanés qui mettent en péril les conversations en famille. Par ailleurs, avec le câble et la TNT, parents et enfants ne regardent plus les mêmes chaînes : Gulli pour les enfants, W9 pour les ados. Un marketing de segmentation poussé à l’extrême… qui a entraîné la mort du film du dimanche soir, autrefois regardé tous ensemble ! Selon Philippe Meirieu, professeur en sciences de l’éducation, « les médias ont créé un communautarisme affinitaire qui sépare les parents des ados. En abolissant les objets de débat, on voit apparaître une incommunicabilité entre les générations. »

Alors, comment les parents peuvent-ils sortir de l’impasse ? « En revenant à l’autorité », martèle Philippe Meirieu. Chaque adulte doit d’abord se demander : « Qu’est-ce que je veux transmettre absolument à mon enfant ? Le sens du travail ? Du respect ? De la vérité ? » Ce socle de valeurs permettra de définir un cadre éducatif, basé sur des règles que l’enfant devra respecter… Un avis partagé par Caroline Chambol, directrice adjointe du lycée Jules Ferry à Versailles : « Un enfant doit comprendre que dans son éducation, certaines choses sont négociables et d’autres non… Mais les parents doivent aussi apprendre à lâcher du lest : il ne faut pas être exigeant sur tout ! »

Une autre piste : réinstaurer des activités partagées, où parents et enfants se rejoignent loin du rapport de force éducatif. Cuisine, jardinage, piano… Selon Philippe Meirieu, c’est là que réside la transmission, autre pilier incontournable de la parentalité. Des moments privilégiés où l’enfant observe, écoute et s’ouvre à une nouvelle forme de dialogue avec ses parents. A cultiver sans modération !

Enfin, l’échange entre adultes aide aussi à trouver des solutions concrètes. Xavier Pommereau, pédopsychiatre au Centre Abadie du CHU de Bordeaux, explique : « Sur des questions de sexualité ou d’alcool, il y a des choses que seuls des parents peuvent dire à d’autres parents. » S'il existe des lieux pour ces échanges, ils sont encore méconnus du grand public, ou bien fréquentés par une élite sociale : difficile d’y rencontrer les familles en rupture. Le pari est crucial pour faire connaître ces réseaux pédagogiques et apporter des réponses à tous les parents.

Découvrir les réseaux d’aide à la parentalité

  • REAAP (Réseaux d’Ecoute, d’Appui et d’Accompagnement des Parents)
  • PIF (Point Info Famille)
  • EPE (Ecole des Parents Européens)

 

En chiffres

  • 1 parent sur 5 a déjà utilisé ou souhaiterait utiliser une aide à la parentalité.
  • Un tiers des parents ne se sentent pas soutenus par les professionnels dans leur rôle de parent.
  • Plus d’un tiers des mères et la moitié des pères ne prennent pas le temps ou ne prennent que parfois le temps de discuter seuls avec leur enfant.
  • Près de 47 % d’entre eux pensent que les médias et les amis des enfants sont en contradiction avec les messages éducatifs délivrés.
  • 21 % des parents ne parlent jamais des dangers liés à la consommation de drogue et 22 % ne rappellent jamais que c’est interdit.

(source : sondage BVA avril 2010)

Mise à jour le Jeudi, 03 Juin 2010 15:19
 

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