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Augmenter la taille des classes, supprimer les personnels non enseignants (psychologues scolaires, etc.), fermer les écoles à classe unique... Dans des « fiches » transmises aux rectorats en mai dernier, Luc Chatel propose un plan d’action sur trois ans pour réduire les effectifs. 13 mesures soumises aux académies, qui se terminent par une même case à remplir : « gains proposés en emplois ». Explication de texte.
Productivité, rendement, suppression d’emplois... Il ne s’agit pas d’un rapport du ministère des Finances, mais de l’Éducation nationale. Du côté de la rue de Grenelle, l’enjeu est de taille : supprimer 16 000 postes en 2011, soit autant qu’en 2010. L’Éducation nationale s’est engagée à « respecter la contrainte du non-remplacement d’un départ à la retraite sur deux pour la période 2011 – 2013 ». Au cabinet du ministre, manifestement pris de court, on essaie de tempérer les événements : « Il s’agit d’un document interne entre l’administration centrale et les recteurs ». Et sur le fond ? No comment ! « Le plan budgétaire concernant le personnel sera communiqué fin septembre prochain, dans le cadre du Projet de Loi de Finance 2011. Pour l’instant, c’est un peu prématuré », nous explique-t-on. Certes. On semble pourtant bien se diriger vers une logique d’écrémage, de laquelle ressort un grand absent : le projet éducatif.
Premier gisement identifié, le personnel encadrant. En ligne de mire, les RASED – ces postes créés dans les années 90 pour accompagner les élèves de primaire en difficulté. Il s’agit de poursuivre le travail amorcé à la rentrée 2009, où « seulement » 2 200 emplois avaient été supprimés (sur un objectif de 3 000). La suppression des maîtres rééducateurs (G) semble actée, celle des maîtres à dominante pédagogique (E) sérieusement envisagée. Elle se fera via des affectations en classe, et un non-remplacement des départs à la retraite. Le plan propose aussi une « mise en extinction des psychologues scolaires ». La raison ? Depuis la réforme du primaire, les professeurs des écoles sont désormais censés « mieux prendre en charge la difficulté scolaire au sein de leur classe », notamment grâce aux « deux heures hebdomadaires d’aide personnalisée en petits groupes pour les élèves rencontrant des difficultés dans leurs apprentissages ». On voit mal comment, sans formation adaptée, ils peuvent accompagner les élèves en grande difficulté scolaire. Le ministre est cependant conscient de marcher sur des œufs, puisqu’il précise que cette mesure nécessitera « une affirmation et un accompagnement politiques importants. »
Même combat en ce qui concerne l’apprentissage des langues vivantes au primaire (la discipline sera enseignée au cours préparatoire dès la rentrée prochaine) : suppression des postes d’intervenants extérieurs et d’assistants en langues vivantes. Un gain potentiel « de l’ordre d’un millier d’emplois ». Là encore, les professeurs des écoles reprendront le flambeau, puisque « depuis plusieurs années, leur cursus leur permet d’être habilités à enseigner les langues vivantes ». Étonnante contradiction suite à l’interview de Luc Chatel en janvier dernier (cf. Éducation Magazine n°3), lequel reconnaissait dans ce domaine un « problème de formation ». Enfin, le ministre appelle à une meilleure gestion des remplacements. Pour cela, la formation continue des enseignants aura lieu en dehors des heures de cours. Et en cas d’absence d’un enseignant, la consigne est de prioriser les vacataires, « ressource plus flexible dont le rendement est proche de 100% » et moins chère que les titulaires.
Au programme également, « augmenter la taille des classes ». Les recteurs sont invités à fermer les écoles à classe unique en zones rurales, ou faire des regroupements d’élèves en fusionnant les établissements à petits effectifs…. Seules les écoles en ZEP semblent épargnées. En guise d’explication : « Il n’est pas démontré que la taille des classes ait un effet probant sur la réussite des élèves ». Or, Thomas Piketty, professeur à l’École d’économie de Paris et directeur d’études à l’EHESS (École des hautes études en sciences sociales), a démontré - dans une étude commandée par le ministère en 2006 - qu’en primaire, on apprend mieux à lire et à compter à 20 par classe qu'à 25. Est-ce particulièrement étonnant ? Autre affirmation surprenante, il semblerait que les petits établissements « nuisent à la qualité de la formation dispensée : isolement des enseignants, difficulté à monter des projets pédagogiques… » Est-on face à une pirouette ministérielle pour justifier des affirmations péremptoires ? Et s’il s’agit d’une vision éducative, sur quels éléments concrets est-elle fondée ?
Enfin, un dernier axe – attendu – cette fois concerne la politique de déscolarisation des enfants de 2 ans. Une tendance déjà bien amorcée, puisque depuis 2000, le taux des enfants de 2 ans scolarisés a été réduit de moitié (passant de 35 % à 15%). Les académies en retard sont priées de rejoindre le rang (notamment celle de Lille qui en compte plus de 40%).
Cette affaire suscite déjà de nombreux remous au sein du monde éducatif. A la FSU, principale fédération enseignante, on dénonce le « cynisme comptable, l’hypocrisie et l’absence flagrante de toute considération pédagogique dans la politique éducative du gouvernement. » Les trois syndicats (FSU, CGT Éducation et Sud Éducation) ont d’ailleurs claqué la porte du Conseil Supérieur de l’Éducation le 3 juin dernier. Ce schéma d’emplois devait être présenté au Parlement fin juin. Du côté de la rue de Grenelle, pour l’instant, c’est le silence radio. On peaufine sans doute le plan de communication, qui devra être musclé pour faire passer la pilule. A suivre fin août, lors de la Conférence de rentrée scolaire.
Les chiffres
La France compte 700 000 élèves de moins qu'au début des années 1990, et 50 000 professeurs de plus. En 2010, on prévoit 16 000 suppressions de postes à l’Éducation nationale (sur 33 749 suppressions pour l’ensemble de la Fonction publique).
État des lieux des suppressions de postes dans l’Éducation Nationale:
| 2006 |
2007 |
2008 |
2009 |
2010 (prev) |
2011 (prev) |
| 1 607 |
8 700 |
11 200 |
13 500 |
16 000 |
16 000 |
(source : PLF 2010 – en Équivalents Temps Plein)
Pour en savoir plus : documents envoyés aux recteurs d'académie par le ministère
Augmentation de la taille des classes dans le 1er degré Réduction du besoin de remplacement dans le 1er degré Baisse de la scolarisation des enfants âgés de deux ans Sédentarisation des enseignants « hors la classe » Intervenants extérieurs en langue vivante et assistants étrangers dans le premier degré Évolution de la taille des classes au collège Évolution du réseau des établissements Réduction du volume des décharges dans le 2nd degré Optimisation du remplacement dans le 2nd degré Lycée d’enseignement général et technologique : rationalisation de l’offre scolaire Lycée Professionnel : rationalisation de la carte des formations Itinéraires de découverte : état des lieux Renforcement de l’efficience des emplois administratifs dans les services déconcentrés et dans les EPLE |
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