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Édito - Par Gérard Anthéaume

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L’édition 2011 du Sommet Mondial pour l’Innovation dans l’éducation (World Innovation Summit for Education – WISE) s’est tenue à Doha, Qatar, du 1er au 3 novembre. Trois jours de débats et d’échanges autour du thème « Sociétés en mouvement, éducation en mouvement ». Ce sommet aura été l’occasion d’analyser les facteurs de succès de l’innovation et de dégager quelques-unes des grandes perspectives d’avenir pour l’éducation. Les 1300 délégués venus du monde entier ont échangé idées, pratiques et expériences de terrain. Il en ressort que la collaboration entre secteurs est un élément critique pour réformer et améliorer les systèmes éducatifs et par là-même contribuer au développement et à la prospérité des peuples.

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CLAIR : le nouveau visage de l’éducation prioritaire PDF Imprimer Envoyer
Vendredi, 02 Juillet 2010 21:27

Des professeurs recrutés par le chef d’établissement, des primes spécifiques, des expérimentations pédagogiques... Annoncé par le ministre de l'Éducation nationale Luc Chatel en avril dernier, le nouveau label CLAIR (Collèges et Lycées pour l’Ambition, l’Innovation et la Réussite) arrive en catimini pour la rentrée. Et s’annonce comme une innovation majeure pour les établissements difficiles. Décryptage d’un éventail de mesures qui fait bondir les syndicats.

106 établissements (essentiellement des collèges) passeront sous le dispositif CLAIR à la rentrée de septembre. Si le test est concluant, il sera généralisé l’année suivante à l’ensemble du second degré. Le principe ? Pour réduire l’échec scolaire et la violence, il faut donner plus d’autonomie aux chefs d’établissements. « Ces établissements font partie des dix académies les plus exposées aux faits de violence : ils connaissent un climat particulièrement défavorable, avec des élèves issus de milieux sociaux défavorisés, glisse Christophe Kerrero, conseiller de Luc Chatel. Ils ont été choisis sur la base du volontariat, en concertation avec les recteurs. » Présenté lors des États généraux de la sécurité à l'école (cf. discours du ministre), ce nouveau label ressemble à s’y méprendre à un tour de force du ministère.

Dans le champ des ressources humaines, l’innovation est de taille : c'en est fini de l’égalitaire principe d’affectation, où seul le nombre de points comptait pour obtenir une mutation. Les chefs des établissements CLAIR ont désormais la possibilité de recruter eux-mêmes leurs  enseignants, sur profil. Pour l’instant, seuls les postes vacants (suite à un départ à la retraite par exemple) ont été « bloqués ». A terme, cela s’étendra à l’ensemble du personnel. L’idée ? En finir avec l’affectation d'enseignants débutants, qui, dès qu’ils ont suffisamment de points, ne demandent qu’à partir. Cette mesure permettra de renforcer la stabilité des équipes (le taux de turn over avoisinant 30% dans ces établissements difficiles) et de s’assurer que les professeurs recrutés seront motivés par un projet pédagogique précis. Le processus de recrutement se fait en deux temps : entretien avec le chef d’établissement, puis transmission au recteur qui prononce l’affectation pour une durée de 5 ans minimum. Pour les attirer, l’Éducation nationale a prévu un arsenal jamais vu : versement d’indemnités, dispositifs spécifiques de formation, aides sociales pour bénéficier d’un logement. Ces enseignants bénéficieront également d’un système d’évaluation à part, qui facilitera ensuite leur accès à des mutations ou des promotions.

Même révolution du côté de la pédagogie, où les principaux et proviseurs auront une grande liberté : autonomie pédagogique, travail sur les rythmes scolaires. En d'autres termes, le gouvernement veut encourager les initiatives nouvelles à travers un large recours à l’expérimentation (article 34 de la loi du 23 avril 2005). Le chef d’établissement pourra par exemple choisir les horaires pour chaque matière, créer des classes intermédiaires (sans suivre le cursus classique 6ème, 5ème, etc.) ou autoriser les professeurs à enseigner dans plusieurs disciplines. Par ailleurs, le dispositif prévoit un « resserrement des programmes autour du socle commun de référence ». Autrement dit, les élèves des établissements CLAIR n’auront pas les mêmes objectifs, ni les mêmes contenus de cours que les autres. Et c’est là que le bât blesse. Marie-Damienne Odent, secrétaire académique du SNES de Versailles, explique: « on va vers un enseignement au rabais : les élèves seront cantonnés dans des acquisitions minimales, alors que les exigences des programmes resteront entières dans les autres établissements. Pour nous, c’est inacceptable. » CLAIR masque-t-il l’émergence d’un enseignement à deux vitesses ? Est-ce un aveu de démission face au collège unique ? Enfin, à deux mois de la rentrée scolaire, n’est-il pas urgent d’informer les parents des élèves concernés ?

Dernière initiative du côté de la vie scolaire : l’arrivée d’un Préfet des Études pour chaque niveau. Recruté parmi les enseignants ou les CPE, il sera le premier collaborateur du chef d’établissement. « Un poste qui peut déboucher à terme sur le poste de personnel de direction », explique-t-on au cabinet de Luc Chatel. Son rôle ? Assurer quelques heures par semaine la coordination des équipes, suivre l’accompagnement personnalisé et le lien avec les familles. Au lycée professionnel Vaucansson des Mureaux, ils seront « associés à la cellule de prévention du décrochage, en lien avec les CPE », précise le proviseur, Jean-Jacques Carpentier. Là encore, l’absence de cadre de ce nouvel échelon soulève des questions : où s’arrêtent les responsabilités des professeurs principaux, assistantes sociales, conseillers d’orientation, et où commencent celles du Préfet des Études ?

Si l’autonomie pédagogique fait l’unanimité, la mise en œuvre précipitée d’un tel chantier pose problème. Selon le cabinet de Luc Chatel, « beaucoup de chefs d’établissements sont motivés par ce projet.  C’est souvent un défi pour eux et une perspective de carrière accélérée ». Certes, mais cela n’est pas aussi simple sur le terrain. Le proviseur du lycée professionnel Vaucansson confie : « En interne, c’est tout de même une grosse évolution culturelle. il faut que les professeurs s’emparent de ce dispositif, de cette autonomie pédagogique. Et ça nécessitera du temps pour se mettre en place. » Parmi les syndicats, on est irrité par la façon de faire : « A nouveau, c’est une réforme à marche forcée, sans consultation ni concertation, dont les cadres techniques sont communiqués bien après les décisions, explique Marie Buisson, secrétaire académique de la CGT Educ’action Versailles. Et en plus, elle se fait sans décret, circulaire, ni note d’application. Les fonctionnaires sont pourtant garants d’une mission de service public, basée sur des textes de loi votés par l’Assemblée Nationale. Nous ne sommes pas censés obéir aux discours  du ministre ou au Président ! » Alors que la conférence sur les rythmes scolaires vient d’être lancée en grande pompe début juin, l’opacité qui entoure le dispositif CLAIR interpelle. Et semble bien viser à mettre les principaux intéressés devant le fait accompli. Du côté du cabinet de Luc Chatel, on tempère : «Il ne s’agit que d’une expérimentation. Le ministre a d’ailleurs déjà communiqué dessus… et il le refera avant la rentrée. » Si la façon de faire peut brusquer, elle a sans doute eu le mérite d’accélérer les choses. Et, souhaitons-le, d’inventer une troisième voie pour les établissements en zones prioritaires. Une affaire à suivre de près.

Chiffres

  • 106 établissements en test CLAIR à la rentrée prochaine (3/4 de collèges,  1/4 de lycées professionnels et généraux)
  • 14 établissements dans l’académie de Versailles
  • 11 dans celle d’Aix-Marseille
  • 7 dans celle de Lyon
Mise à jour le Vendredi, 02 Juillet 2010 22:44
 

Commentaires  

 
0 #1 c q f d 16-11-2010 05:39
Bonjour, notre jeune collectif de l'académie de Rouen, l'APEN (Agir contre la Précarisation dans l'Éducation Nationale) propose un diaporama permettant d'analyser et de contextualiser la mise en place du programme CLAIR.
Toutes vos analyses/ remarques sont les bienvenues.
http://apen76.fr/Analyse_REFORMES-textes_de_loi_colectif_precaire_EN-76-27.html
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