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Édito - Par Jean-Philippe Élie, rédacteur en chef

Quand cynisme éducatif rime avec austérité budgétaire...

En mai dernier, le ministre de l’Éducation nationale Luc Chatel a fait parvenir aux recteurs d’académie un document (consultable sur notre site Web) comprenant 13 mesures à mettre en place d’ici trois ans. Objectif ouvertement affiché par le ministère : supprimer dès l’année prochaine 16 000 nouveaux postes et augmenter le nombre d’élèves par classe.

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Écrit par Elise Pierre   
Vendredi, 21 Août 2009 20:15

Louis Laforge présente « Des racines et des ailes », le magazine de reportages qui conjugue  proximité et ouverture sur le monde. Il a fait ses premières armes comme journaliste sportif avant de rejoindre les rédactions régionales de France 3, dont il est devenu l’un des présentateurs officiels. Pour Éducation Magazine, il revient sur son parcours et sur les particularités de son métier.

Propos recueillis par Élise Pierre

EM : Rêviez-vous de devenir journaliste étant jeune ?

Louis Laforge : Pas du tout ! Comme beaucoup de garçons, je me rêvais cow-boy ou indien, et surtout footballeur professionnel, car je suis né à Saint-Etienne, à deux pas du mythique chaudron… Quelques années plus tard, j’ai pris conscience que je n’y arriverai pas et j’ai décidé de découvrir ce milieu à travers le prisme du journalisme. Avant de passer les concours des écoles, j’ai commencé à piger dans les radios et journaux locaux de Saint-Etienne, où je me suis spécialisé dans le domaine sportif et le football en particulier. Devenu journaliste professionnel, je n’ai plus jamais couvert d’événements sportifs, mais c’est grâce à cette passion que j’ai eu envie de découvrir le monde des rédactions !

EM : Avez-vous eu un déclic déclencheur d’une vocation ?

LL : Je me souviens plutôt d’une évidence : il était clair que je ferai ce métier, même si je ne savais pas sous quelle forme et dans quel média. J’avais envie de rencontrer des gens et de raconter des histoires.

EM : Avez-vous un souvenir particulier de vos débuts ?

LL : Le plus symbolique correspond à la période où j’étais pigiste pour un magazine local dédié au sport et aux loisirs. Je m’y suis amusé pendant 3 ans, aux côtés d’un camarade de fac journaliste aussi, Hervé Heyraud. Tous deux passionnés de foot, nous suivions l’AS Saint-Etienne et nous avons alors décroché un scoop. Le premier et le dernier de ma vie ! Nous avions appris le transfert d’un joueur néerlandais d’un grand club des Pays-Bas vers le club forézien. Nous sommes partis par nos propres moyens à Amsterdam pour interviewer le joueur avant même la signature du contrat. J’avais emmené le maillot de Saint-Etienne que j’ai mis sur ses épaules. Cette photo devant les canaux a fait la une du magazine, ce fut notre heure de gloire ! Une amie nous avait hébergés, c’était le système D. Et même si le reportage nous a coûté plus que ce qu’il nous a rapporté, ce fut une belle aventure !

EM : Quelle formation avez-vous suivi ?

LL : Après un Deug d’histoire, j’ai passé les concours des écoles reconnues par la convention collective des journalistes. Première année, premier échec. J’ai alors compris que, à l’instar d’un sportif de haut niveau, il fallait vraiment que je me prépare pendant de longs mois pour avoir des chances de monter sur le podium. Parallèlement à ma licence, j’ai beaucoup travaillé de mon côté : lecture quotidienne des journaux, écriture de fiches, suivi de l’actualité internationale, de l’histoire contemporaine, etc. Ce fut du bachotage, mais intelligent ! J’ai été ainsi mieux armé pour repasser les concours et j’ai réussi les écrits de Lille, Strasbourg et Bordeaux. J’ai arrêté mon choix sur cette dernière ville, car c’était une formation de qualité et surtout sur un an. Comme j’avais contracté un prêt pour financer mes études, moins la formation durait, plus vite j’arrivais sur le marché du travail. Ce fut une année exceptionnelle. Ma meilleure année d’études, de plaisir, d’apprentissage, de vie…Réussir le concours d’une école reconnue offre deux avantages : décrocher un diplôme et obtenir une clé ouvrant les portes des rédactions ! Les trois stages effectués pendant la formation ont vraiment été déterminants. Sorti de ma promotion parmi les premiers, j’ai choisi TF1 puis France 3 pour débuter ma carrière.

EM : Pourquoi avez-vous choisi la télévision comme média ?

LL : Je ne sais pas. Cela demanderait une psychanalyse que je n’ai pas pris le temps de faire ! (rires). Je connaissais un peu la presse écrite et la radio. Mais c’est vrai que j’ai choisi la télévision pour mes trois stages : France 3 à Lyon, puis Stade 2 à Paris et enfin France 3 Aquitaine. Mon passage à Lyon a été important car, au delà du cadre de mon stage, j’ai tout fait pour montrer ma motivation, en posant ma voix sur des titres, en étant en doublon sur des reportages… Le rédacteur en chef a ainsi accepté que je revienne pour un premier contrat l’été suivant. Je suis finalement resté 4 ans à Lyon, enchaînant les CDD ou les remplacements. Cela m’a permis d’apprendre le métier, de faire du reportage terrain, de mener un projet de A jusqu’à Z (du choix du sujet jusqu’au montage), puis de faire quelques directs sur les bouchons du 15 août…

EM : Comment se sont déroulés ces premiers directs ?

LL : Se retrouver devant une caméra sur un pont pour préciser que la circulation est en accordéon, ce fut récurrent sur mes premiers directs… J’écoute aujourd’hui avec grand intérêt mes confrères qui font cet exercice, car ce n’est pas si simple et je pense qu’après cela, on peut tout faire ! Le plus dur fut de présenter mon premier journal en direct, mes précédents directs ayant été stressants mais très courts. Je dois préciser qu’en formation j’avais déjà fait quelques essais et notamment co-présenté un journal avec ma grande copine Carole Gaessler ! Nous en avons reparlé, ni elle ni moi ne pensions un jour présenter un grand journal sur une antenne nationale. La vie est faite de belles surprises.

EM : Quelles sont pour vous les qualités nécessaires pour assurer la présentation d’un JT ?

LL : Il suffit de visionner mes premiers journaux et rushes pour rassurer tout le monde ; on peut partir de bas ! (rires) Le rédacteur en chef de l’époque, qui est devenu un ami, Jean Pierre Bennechet, pourrait en témoigner. À l’époque on se vouvoyait, il m’impressionnait beaucoup. C’est d’ailleurs la seule personne de mon entourage professionnel qui m’ait fait pleurer un jour. Il a été assez rude avec moi parce qu’il était persuadé que j’avais toutes les qualités pour devenir un bon présentateur. Il m’a poussé et je l’en remercie.

EM : Il faudrait voir les rushes…

LL : Je les ai dans un coffre fort. Ils ont été diffusés une fois sur France 3. Cela fait toujours rire car j’avais les cheveux jusqu’aux épaules, une chemise rouge, une cravate jaune. Je n’arrivais pas à respirer et à la fin de mes phrases j’étais en apnée… À l’époque je ne me sentais pas crédible, je me sentais trop jeune, j’avais trop de cheveux, je n’avais pas de rides (rires). Aujourd’hui je suis ravi d’en avoir, mais ensuite le déclin vient vite… En tout cas je suis beaucoup mieux dans ma peau à 40 ans qu’à 25 quand j’ai commencé ! Malgré tout, après le premier JT, j’en ai fait un deuxième, un troisième, puis des remplacements le week-end, jusqu’à devenir l’un des présentateurs officiels de France 3 Lyon. On m’a proposé ensuite une titularisation à France 3 Marseille où j’ai présenté des magazines, des journaux, des soirées électorales. France 3 est la meilleure des écoles pour débuter. C’est devant des centaines de milliers de spectateurs que j’ai avancé. Ils m’ont vu grandir et j’ai grandi avec eux.

EM : Qu’avez-vous amélioré ?

LL : C’est un ensemble. Plus on pratique, plus on s’améliore aussi bien dans la présentation que dans l’écriture des lancements, les techniques d’interview, la construction d’un journal. Ce qui est passionnant dans cette aventure, c’est de construire un journal, de partir le matin d’une feuille blanche, de la noircir de toute l’actualité d’une région ou d’un pays, puis de faire des choix d’angles. Le rythme d’un journal requiert toute une technique, il existe des fondamentaux. Il ne suffit pas de le présenter !

EM : Quelles ont été les principales difficultés au cours de votre carrière ?

LL : Les vieux présentateurs, qui n’étaient pas ravis de voir débarquer les petits jeunes, la solidarité entre confrères étant mise à mal par la concurrence et le sentiment d’insécurité. Tous les métiers connaissent ces antagonismes entre les jeunes qui veulent prendre de plus en plus de place et les anciens qui ne veulent pas en faire. Certaines personnes ne m’ont pas fait de cadeau. Je n’ai pas oublié, mais j’ai pardonné.

EM : Quelles sont les qualités pour être un bon journaliste selon vous ?

LL : La curiosité, donc l’ouverture aux autres, la rigueur car il existe une déontologie donc une rigueur d’écriture et de méthode, et surtout du travail. J’ai croisé des gens très talentueux, mais qui ne travaillaient pas ou trop peu. Et un jour, cela se voit. Quel que soit le talent, on ne peut pas simuler bien longtemps. Il faut travailler, c’est ce que je dis à mes fils tous les jours !

EM : En tant que présentateur de Racines et des Ailes, êtes-vous heureux aujourd’hui ?

LL : Très. Je ne sais pas si c’est uniquement à cause des Racines et des Ailes, mais l’émission y a contribué. Le plus difficile dans cette fonction de présentateur, c’est d’essayer d’approcher le naturel, afin que le personnage public soit le moins éloigné possible de son moi profond. Il faut des années, car pour moi c’était lié au sentiment de paraître crédible. Jeune, je forçais le trait, je me donnais une attitude. Et puis il y a aussi les habits, la lumière, le cadrage… En télévision paraître est facile, être est plus difficile. Aujourd’hui je suis arrivé à une forme de sérénité, en étant moi-même. C’est une évolution naturelle. Cerise sur le gâteau, Patrick de Carolis m’a offert son émission, l’une des plus belles et des plus intéressantes qui existent à la télévision…

EM : Vous avez été ravi…

LL : J’ai été honoré et effrayé à la fois, mais ce fut une nouvelle étape comme il y en a eu et comme il y en aura encore. Car la bonne étoile joue aussi pour devenir journaliste. Il faut être là au bon moment et quand la chance passe, la saisir ! J’ai eu la chance de faire des rencontres, d’avoir ou de gagner leur confiance et d’avancer ainsi !

EM : Quel est votre plus beau souvenir des Racines et des Ailes ?

LL : Il y en a plusieurs, des moments intenses de découverte, où j’ai eu la sensation d’être seul au monde dans un lieu extraordinaire ! On se sent privilégié de toucher ces lieux chargés d’histoire de façon unique. Notamment lorsque je commence l’émission sur la grande muraille, avant de pénétrer dans la cité interdite, c’était un moment fort. Il y en a eu d’autres, comme me retrouver seul dans le palais des Doges à Venise, au sommet de l’île de la Réunion… Ensuite, l’objectif consiste à ne pas en profiter à titre purement égoïste, mais de raconter et essayer de retranscrire ce côté unique de découverte, d’ouvrir des portes, de dénicher des trésors cachés.

Mise à jour le Vendredi, 26 Février 2010 18:27
 

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