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L’édition 2011 du Sommet Mondial pour l’Innovation dans l’éducation (World Innovation Summit for Education – WISE) s’est tenue à Doha, Qatar, du 1er au 3 novembre. Trois jours de débats et d’échanges autour du thème « Sociétés en mouvement, éducation en mouvement ». Ce sommet aura été l’occasion d’analyser les facteurs de succès de l’innovation et de dégager quelques-unes des grandes perspectives d’avenir pour l’éducation. Les 1300 délégués venus du monde entier ont échangé idées, pratiques et expériences de terrain. Il en ressort que la collaboration entre secteurs est un élément critique pour réformer et améliorer les systèmes éducatifs et par là-même contribuer au développement et à la prospérité des peuples.

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Entretien avec Philippe Meirieu PDF Imprimer Envoyer
Écrit par José Roda   
Vendredi, 27 Novembre 2009 00:40

Alors que le système éducatif français n’a jamais été autant bouleversé, que les enseignants peinent à exercer et que les parents s’orientent vers des solutions alternatives à l’école publique, Philippe Meirieu s’inquiète de l’avenir de l’éducation dans notre pays.

Propos recueillis par José Roda

EM : De quels maux souffrent aujourd’hui le collège et le lycée français ?

Philippe Meirieu : Je pense que notre système scolaire est enkysté dans des modalités de fonctionnement qui ont, jadis, constitué un progrès considérable, mais qui sont devenues un obstacle à son développement. Pour l’essentiel, ces modalités sont antérieures au grand mouvement de démocratisation de l’accès au secondaire, qui a commencé avec la prolongation de la scolarité obligatoire à seize ans en 1959. C’est la classe, toujours en quête d’une improbable homogénéité, et le modèle transmissif, collectif et frontal, qui lui est associé. C’est la conception du travail scolaire dans les « disciplines nobles », selon laquelle on vient à l’école écouter le cours et l’on repart chez soi faire ses devoirs. C’est l’organisation en paliers successifs d’une année qui condamne à faire redoubler dans toutes les matières un élève qui est insuffisant dans l’une d’entre elles. C’est la notation sur 20 qui aboutit à reconstituer systématiquement la courbe de Gauss, avec un tiers de bons, un tiers de moyens et un tiers de faibles. C’est l’orientation par l’échec vers l’enseignement professionnel qui condamne ce dernier à rester une voie d’exclusion. C’est l’organisation caporalisée de l’administration et le système de l’inspection individuelle qui discréditent toute injonction au travail collectif. C’est la gestion technocratique des flux d’élèves et des promotions des enseignants qui interdit de mener à bien dans la durée de vrais projets avec des groupes à taille humaine. Ce sont des programmes conçus comme des catalogues qui bloquent toute véritable initiative pédagogique. C’est un emploi du temps en « tranche napolitaine » qui décourage toute tentative pour véritablement « différencier la pédagogie ». C’est l’anonymat au sein des établissements qui laisse se développer les tensions, quand ce n’est pas l’affrontement systématique. C’est la place ridicule donnée aux parents qui les amène à multiplier les pressions externes pour compenser l’absence de toute véritable écoute et concertation… Or, tous ces éléments ne sont jamais réinterrogés en fonction des finalités de notre École. Ils apparaissent  comme des « vérités éternelles et immuables », gravées dans le marbre… et condamnent toute réforme à n’être qu’un vague toilettage assorti de discussions sans fin sur les moyens.

EM : Quelles sont les pistes à explorer pour non seulement améliorer la qualité de l’enseignement, mais également les conditions d’exercice des enseignants ?

PM : Il faut donner aux enseignants le goût et la possibilité d’investir l’École comme un lieu de créativité et de responsabilité collectives. Je suis partisan de confier, pour cela, des unités de cent à cent vingt élèves à des équipes d’enseignants qui effectueraient ensemble, avec eux, la totalité de leur service. Je suis partisan d’une plus grande exigence sur le référentiel final, mais de beaucoup plus de liberté dans l’organisation des classes, des cours, des semaines et de l’année scolaire. Je suis partisan d’une validation par unités capitalisables, à partir de « projets », que présenteraient les élèves, pour mettre fin à cette absurdité actuelle où un 13 en français rattrape un 7 en mathématiques, mais sans, pour autant, tomber dans les ornières du contrôle continu, qui n’est qu’un examen permanent. Je suis partisan de supprimer l’inspection individuelle et de transformer les inspecteurs en formateurs et accompagnateurs d’équipe. Bref, je crois qu’il faut redonner du tonus à notre École au lieu de l’administrer, de la surveiller et d’y créer de la concurrence.

EM : Vous avez été à l’origine de l’IUFM qui va cesser d’exister si les réformes qui sont actuellement à l’étude entraient en application. Comment réagissez-vous à cette possible disparition ?

PM : C’est très grave. Les IUFM n’étaient pas parfaits, mais ils constituaient un outil qu’il ne fallait pas casser. Il ne fallait surtout pas abolir le principe de l’alternance qui est aujourd’hui considéré comme fondateur dans les formations professionnelles. Certes, on nous dit qu’il restera des stages, mais rien ne garantira qu’ils seront des objets de travail à partir desquels construire des modèles théoriques pour l’action… De plus, si la didactique a quelques chances de subsister, il faut craindre que la pédagogie disparaisse complètement. Et que se passera-t-il si les futurs enseignants ne travaillent pas sur des questions essentielles comme l’attention, la mémoire, la gestion des groupes, l’aide au travail personnel, la recherche documentaire, la formation du jugement, la discipline et les sanctions ? Je crains qu’ils n’oscillent en permanence entre la dépression et la répression.

EM : Votre dernier ouvrage s’intitule Lettre aux grandes personnes sur les enfants d’aujourd’hui. Pensez vous que le fossé qui sépare le monde des adultes de celui des enfants soit plus profond que par le passé ?

PM : Nous assistons à des mutations sans précédent. Nos comportements d’éducateurs étaient, jadis, prescrits par la société et empruntés aux générations précédentes ; aujourd’hui nous avançons dans le vide, sans référence commune. Les enfants étaient, jadis, inscrits dans une histoire et instruits par un passé ; ils sont, aujourd’hui, sous l’emprise des marchands qui prônent la satisfaction immédiate des pulsions… On ne peut pas se contenter de se désoler de tout cela en rêvant, avec nostalgie, d’une époque qui ne reviendra pas ! Il faut, au contraire, se donner quelques finalités fortes, identifier quelques axes auxquels référer nos comportements quotidiens. Et, justement, je suis convaincu que l’exigence de la formation des citoyens dans une société démocratique peut nous servir de point de fuite… C’est pourquoi j’ai saisi l’opportunité du vingtième anniversaire de la Convention internationale des droits de l’Enfant pour poser la question du statut de l’enfant dans nos sociétés, de ses droits et de ses devoirs, de nos droits et de nos devoirs. Je ne traite pas là, exclusivement, des questions scolaires, mais aussi du rôle de la famille et de celui des médias, d’Internet et du droit à la connaissance de ses origines, de la justice des mineurs et de l’accès à l’écrit… Car tout cela est profondément lié et relève d’un projet éducatif global. C’est notre avenir qui est en question. « Que serait l’homme sans l’enfant qui l’aide à s’élever ? », disait déjà Maria Montessori.

Né le 29 novembre 1949 à Alès, Philippe Meirieu suit des études de philosophie et de Lettres à Paris, après l’obtention d’un baccalauréat littéraire. Il est successivement professeur de français en collège et de philosophie en terminale, puis occupe des postes à responsabilités dans le domaine pédagogique. Il est l’un des pères fondateurs de l’IUFM.

Mise à jour le Vendredi, 26 Février 2010 19:26
 

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