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L’édition 2011 du Sommet Mondial pour l’Innovation dans l’éducation (World Innovation Summit for Education – WISE) s’est tenue à Doha, Qatar, du 1er au 3 novembre. Trois jours de débats et d’échanges autour du thème « Sociétés en mouvement, éducation en mouvement ». Ce sommet aura été l’occasion d’analyser les facteurs de succès de l’innovation et de dégager quelques-unes des grandes perspectives d’avenir pour l’éducation. Les 1300 délégués venus du monde entier ont échangé idées, pratiques et expériences de terrain. Il en ressort que la collaboration entre secteurs est un élément critique pour réformer et améliorer les systèmes éducatifs et par là-même contribuer au développement et à la prospérité des peuples.

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Entretien avec Aldric Boulangé PDF Imprimer Envoyer
Écrit par José Roda   
Vendredi, 27 Novembre 2009 01:19

Faut-il revenir aux valeurs de l’école républicaine d’antan ? Doit-on exiger plus d’autorité, plus de rigueur dans les enseignements ? Comment redonner à la difficile mission d’enseignant toute sa valeur ? Telles sont les questions que soulève SOS Éducation. Cette association, considérée comme le chantre de l’anti-pédagogisme en France, œuvre en permanence à faire reconnaître ses idées.

Propos recueillis par José Roda

Éducation Magazine : Les informations que vous diffusez et les idées que vous défendez, dans vos publications et sur votre site Web, n'incitent guère à l'optimisme. Pensez-vous vraiment que l'école hexagonale soit si mal en point ?

Aldric Boulangé : L’école va mal. Les enseignants vont mal. Et le système ne répond plus à sa mission : former des jeunes pour qu’ils s’en sortent dans la vie. Les livres pour dénoncer ce gâchis se comptent par dizaines. Alors oui, nous tirons la sonnette d’alarme. Quand votre enfant ne sait toujours pas lire à l’entrée en sixième alors qu’il a déjà passé six ans à l’école, vous êtes obligé d’ouvrir les yeux, d’utiliser le système D, comme recourir à des cours de soutien, pour les mieux lotis. Mais si vous êtes un parent moins bien doté, qui n’a ni le temps, ni l’argent pour trouver une solution, eh bien vous allez subir le système et votre enfant passera encore 7 à 10 ans à l’école, pour rien. C’est le cas de centaines de milliers de jeunes gens qui quittent chaque année le système scolaire sans métier, sans formation, sans même maîtriser correctement le français. Alors, c’est vrai, devant un tel gâchis, nous choisissons de ne pas mâcher nos mots.

EM : Les médias vous ont catalogués dans la mouvance des « anti-pédagogistes ». Revendiquez-vous cette appellation ?

AB : Le terme de « pédagogiste » ne parle pas à tout le monde. En un mot, c'est cette philosophie qui a conduit progressivement à la situation ubuesque dans laquelle nous sommes. Demandez, par exemple, à un professeur d’une classe difficile, le temps qu’il passe à enseigner et le temps qu’il passe à écrire des rapports pour se justifier d’avoir osé donner une heure de colle ! Dans l’école d’aujourd’hui, on a inversé la donne. On a mis l’enfant au centre et l’on se méfie de l’adulte. Il plane à tout moment sur un professeur, qui cherche à faire respecter son autorité, une suspicion. Ne serait-il pas trop sévère, avec des idées rétrogrades ? Les professeurs affrontent des élèves conscients de leurs « droits », qui ne connaissent plus de limite. Les coups de règle sur les doigts étaient une aberration, mais le mythe de l’enfant roi en est une autre. Dans certains établissements, vous ne pouvez pas mettre une mauvaise note en rédaction sans qu'un élève vous réponde que « c'est votre point de vue » ! Alors oui, nous revendiquons d’être anti-pédagogistes car cette idéologie encore à l’œuvre a tué le métier d’enseignant.

EM : L'un de vos combats porte notamment sur la restauration du prestige des professeurs. Comment expliquez-vous une telle désaffection de la société vis-à-vis du corps enseignant ?

AB : L’école n’offre plus de débouchés. Les diplômes sont dévalorisés. Le fameux « passe ton bac d’abord » n’a plus de sens. Que fait-on aujourd’hui avec le bac en poche ? À partir du moment où, lorsque vous quittez un système scolaire, tout reste à faire, le prestige des enseignants en prend un coup. Et pourtant, ils ont du mérite. Quand on vous envoie débuter votre carrière en ZEP, il en faut du courage et de la persévérance pour trouver les moyens de s’en sortir et de continuer à enseigner. Quand on vous demande de faire le même cours à ceux qui ont des facilités et ceux qui ont des difficultés, il faut une sacrée dose d’habileté pour continuer à être crédible. Quand vous recevez la même paye, quels que soient les efforts que vous déployez, il en faut de l’abnégation ! C’est trop et c’est pour cela qu’il paraît bien difficile de continuer à faire ce qui était considéré avant comme le plus beau métier du monde.

EM : Vos détracteurs vous présentent comme un groupe de pression passé maître dans l'art de la communication et du marketing, voire de la manipulation. Quelle influence réelle avez-vous au sein de la communauté éducative ?

AB : Nous sommes organisés. SOS Éducation compte 80 000 membres qui agissent pour réclamer des changements en envoyant des pétitions au ministre de l’Éducation, aux recteurs d’académie, etc. L’association emploie 14 personnes. Les soutiens que nous recevons viennent de parents mais aussi de professeurs, de chefs d’établissement, de spécialistes. Nous combattons les mauvais manuels scolaires, les programmes ou les méthodes d’enseignement inadaptés. C’est à la fois une vigilance de tous les instants et un travail de longue haleine pour promouvoir des réformes en profondeur comme l’abandon du collège unique et la revalorisation de l’enseignement professionnel.

EM : Quelles sont les principales attentes des personnes qui vous contactent ?

AB : Que l’on reste ferme ! Et que l’on défende l’intérêt des enfants. De tous les enfants : de celui qui pourra devenir un bon boulanger à celui qui passera l’agrégation de mathématiques. Il y a de la place pour tout le monde et chaque métier peut conduire à un destin d’exception. En revanche, on ne peut plus tolérer qu’un enfant passe 16 ans en moyenne dans le système éducatif et sorte sans rien, ni métier, ni formation, ni avenir.

EM : Quelles seraient les premières décisions urgentes à prendre pour améliorer notre système éducatif ?

AB : C’est l’actualité qui commande. Quand vous apprenez qu’un professeur a été agressé, c’est évident que les premières décisions doivent porter sur la restauration de la discipline dans tous les établissements. SOS Éducation a lancé un appel à Luc Chatel. Huit mesures de bon sens peuvent être appliquées parallèlement au plan de sécurisation signé le 23 septembre dernier. On peut travailler dès les petites classes en instaurant de vrais cours de morale et de civisme : le respect de l’autorité, ça s’apprend ! Ensuite, on peut adopter une attitude plus responsable quand l’exclusion définitive est prononcée. Aujourd’hui, c’est à l’institution de trouver une solution. Résultat : les établissements se repassent les cas difficiles. Non, si un enfant est difficile au point de se faire renvoyer, c’est à lui de faire des efforts, c’est à lui d’écrire des lettres de motivation aux chefs d’établissement pour demander son intégration. Une sanction comme l’exclusion doit être suivie d’effet dans le comportement de l’enfant, sinon ça ne sert à rien ! Nous demandons aussi, dans ces huit mesures, la restauration de la fonction pleine et entière de surveillant général et la mise en place d’internats spécialisés pour les cas ingérables autrement.

EM : Quelles sont les actions que vous avez menées dont vous êtes le plus fier ?

AB : Notre première action est d'être parvenus, en partant de zéro, sans aucune subvention ni soutien institutionnel, à constituer un groupe de 80 000 membres actifs pour défendre envers et contre tout l'éducation des enfants. C'est une nouveauté radicale dans le paysage éducatif français. Grâce à cette force, nous avons pu agir, par exemple, pour l’abandon des méthodes globales. Une autre victoire récente est d’avoir réuni les fonds nécessaires pour permettre la création de l’IRIÉ, l’Institut de Recherche Indépendant pour l’Éducation, qui publie des travaux d’experts sur l’éducation avec une liberté d’expression totale. C’est un grand bol d’air frais dans le débat sur l’école, hors appareil politique, hors syndicat.

Aldric Boulangé, actuel porte-parole de SOS Éducation, a été professeur d’économie. Il a exercé, pendant 10 années, la fonction de directeur des programmes dans l'enseignement supérieur.

Mise à jour le Vendredi, 26 Février 2010 19:26
 

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