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Édito - Par Jean-Philippe Élie, rédacteur en chef

Quand cynisme éducatif rime avec austérité budgétaire...

En mai dernier, le ministre de l’Éducation nationale Luc Chatel a fait parvenir aux recteurs d’académie un document (consultable sur notre site Web) comprenant 13 mesures à mettre en place d’ici trois ans. Objectif ouvertement affiché par le ministère : supprimer dès l’année prochaine 16 000 nouveaux postes et augmenter le nombre d’élèves par classe.

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Ecoles libres : levons le voile sur une spécificité française PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Sophie Baqué   
Mercredi, 02 Juin 2010 04:54

Tourné en caméra cachée, le reportage des Infiltrés - intitulé « A l'extrême droite du père » et diffusé le 27 avril dernier sur la chaîne de télévision France 2 - a provoqué la polémique. On y voit notamment des enfants de 12 ans tenir des propos xénophobes et antisémites dans la cour d’une école privée hors contrat : « Mon voyage de noces, je le ferai à Auschwitz », « Je suis facho. Lui, c'est un facho. Nous sommes tous fachos. ». Simple provocation d'ados en mal de reconnaissance ou bien malaise plus profond ? La rédaction a mené l'enquête sur les écoles libres, une exception française au cœur du système éducatif.

 

Suite à l’émission de France 2, les responsables du cours Saint-Projet au coeur de la polémique - qui n'ont pas souhaité répondre à nos questions - ont porté plainte auprès du Procureur de la République pour manipulation d’enfants. Cette école, qui scolarise près de 90 élèves, suit une pédagogie bien à elle : non-mixité, éducation spirituelle catholique, petits effectifs, soutien scolaire organisé par les parents d’élèves. Selon Monsieur Nembrini, recteur de l’Académie de Bordeaux, « L’école a ouvert ses portes en septembre 2005, mais n’avait jamais été contrôlée. Apprenant qu’un reportage y avait été tourné, nous l’avons inspectée en mars 2010. Nous avons relevé un certain nombre d’observations : un deuxième contrôle est prévu d’ici la fin de l’année pour voir si les manquements ont été rectifiés. Si ce n’est pas le cas, cela pourra aller jusqu’à la fermeture de l’établissement !» Un fait divers qui interpelle : quel regard porte la République sur ces écoles ? Comment fonctionnent-elles ? Quels sont leurs droits et leurs devoirs ?

En France, du primaire au lycée, 47 000 élèves sont scolarisés dans 460 établissements hors contrat. Ces écoles, qui ne reçoivent pas de subventions de l'Etat, sont en majorité des écoles privées catholiques, gérées via des associations à but non lucratif ou des sociétés commerciales. Plus rarement, des écoles qui suivent une pédagogie particulière (Montessori par exemple). Comparé à ce qui peut exister dans d’autres pays, la liberté de créer un établissement scolaire est grande dans l’Hexagone. Selon Monsieur le recteur Nembrini, « depuis le 19ème siècle (avec la loi Falloux notamment en 1850), la liberté de l’enseignement est un droit fondamental de la République française : un citoyen peut lui-même instruire ses enfants ».

Le crédo de ces écoles hors contrat ? La liberté !

Liberté pédagogique, d’abord. Lionel Devic, vice-président de la Fondation pour l’école (fondation d’utilité publique pour promouvoir l’école libre), martèle : « Nous sommes persuadés que c’est l’autonomie dont jouit la direction et l’équipe pédagogique qui fait la qualité d’un établissement scolaire : choix d’un projet éducatif, libre sélection des professeurs, gestion autonome de l’emploi du temps. Le collège unique a massifié les méthodes éducatives et appauvri la liberté des enseignants. Nous voulons déverrouiller tout cela ». Certaines écoles développent des projets en réponse à des situations que l’Éducation nationale a du mal à gérer : enfants surdoués, phobies scolaires… C'est le cas par exemple de l’école la Garanderie : fréquentée essentiellement par des enfants à haut potentiel, elle préconise un système cognitif de « gestion mentale ». Jean-Daniel Nordman, le directeur, explique : « Dans l’école classique, les règles d’apprentissage sont les mêmes pour tous les enfants : être attentif, mémoriser, réfléchir, comprendre. Ici, nous croyons dur comme fer que chaque élève est différent. Selon sa personnalité, nous l’aidons à développer la meilleure stratégie pour apprendre… » Une véritable ouverture pédagogique, qui apporte un pluralisme éducatif au système scolaire !

Liberté d’organisation, ensuite. En effet, les chefs de ces établissements jouissent d’une belle marge de manœuvre. Et ceci dès le début : pour ouvrir une école primaire hors contrat, il suffit d’avoir le bac. Pour un collège ou un lycée, il faut une licence et 5 ans d’expérience dans l’enseignement. Si les professeurs doivent avoir les diplômes d’enseignement requis, cela semble plus flou du côté des surveillants (au cours Saint-Projet par exemple, certains surveillants n’avaient pas de titre approprié pour encadrer des enfants). Et surtout, il n’y a pas de système d’affectations : le chef d’établissement recrute lui-même son équipe pédagogique. Une force indiscutable selon Lionel Devic : « C’est la meilleure façon de responsabiliser les équipes. En recrutant des profs motivés par un projet particulier, on est sûr qu’ils seront personnellement engagés vis-à-vis des élèves, qu’ils auront à cœur de les voir réussir ». A l’inverse du public où la liberté pédagogique est parfois bridée par les inspecteurs ?

Liberté vis-à-vis de l’État, enfin. Dégagées de la tutelle de l’Éducation nationale, ces écoles ressemblent à s’y méprendre à des électrons libres : pas d’obligation de suivre les programmes officiels. Seul le décret de 2009 les oblige à respecter le socle commun de connaissances que l’élève doit maîtriser en fin de collège. Face à une telle liberté, le risque de dérives idéologiques ou religieuses semble élevé : à chaque parent de faire ses choix, en connaissance de cause, et d’être vigilant. Car si les contrôles de l’inspection académique sont possibles en théorie chaque année, ils n’ont rien d’obligatoire. Le recteur de l’Académie de bordeaux, précise : « en général, on attend 4 ou 5 ans d’activité pour diligenter un contrôle, car c’est à ce moment là que les établissements peuvent demander à passer sous contrat, et revenir dans le giron de l’État». Difficile de cerner les raisons de cette politique : respect de la liberté d’enseignement, œillères ou manque de moyens de l’Éducation nationale ? Une situation inacceptable pour la députée PS Michèle Delaunay, qui a demandé au ministre un contrôle régulier et annuel de ces écoles : « tous les enfants ont le droit de recevoir un enseignement les mettant au même niveau sur les programmes scolaires. C’est une question d’égalité des chances ». Lionel Devic partage cet avis : « Nous recommandons un contrôle assez rapidement après la création d’un établissement hors contrat. Mais attention… n’oublions pas qu’enseigner n’est pas une science exacte ! Des profs originaux peuvent se cacher dans le privé comme dans le public, et des dérives peuvent survenir partout sur des questions politiques ou religieuses… »

Malgré ce besoin avéré de contrôles accrus, les écoles libres restent de formidables laboratoires d’idées pédagogiques. Une révolution silencieuse serait-elle en marche du coté du ministère pour entendre ces initiatives, et réfléchir ensemble à des alternatives au collège unique ? Le colloque « École, comment innover ? » qui se tiendra au sénat le 2 juin semble l’annoncer… A suivre !

Le saviez-vous ?

  • Depuis 2004, environ 20 nouvelles écoles hors contrat ouvrent chaque année.
  • En France 47 000 élèves sont scolarisés du primaire au lycée, dans 460 écoles libres.

En savoir plus : www.fondationpourlecole.org

 

Mise à jour le Mercredi, 02 Juin 2010 09:18
 

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